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Dérives multiformes dans la presse en ligne : Un Appel à plus de responsabilités


Rédigé le Vendredi 12 Août 2016


Les sites d’informations sont aujourd’hui des supports de dérives de tous genres. Atteintes à la vie privée, informations inexactes, images choquantes… le tableau a été dressé hier à Saly, à l’occasion de l’ouverture d’un atelier de réflexion de trois jours sur la labellisation et l’élaboration d’un cahier de charges pour la presse en ligne. Yaxam Mbaye en a profité pour déclarer que le code de la presse ne sera pas la panacée. 

‘’Avec moins de 100 000 francs CFA, on peut créer un site d’informations. Et avec un peu de technicité, on peut en tirer des revenus égaux ou supérieurs à un salaire moyen dans l’administration sénégalaise’’. Cette révélation faite par le président de l’Association des professionnels de la presse en ligne (Appel) Ibrahima Lissa Faye permet de mieux comprendre ce qui se passe aujourd’hui dans ce sous-secteur des médias. La première conséquence de cet accès facile est le boom observé. La presse en ligne est passée d’une dizaine de sites en 2011 à plus de deux cents supports d’informations en 2016.

Outre la floraison, il y a un seul mot qui pourrait résumer aujourd’hui l’activité : dérives. Parmi celles-ci, il y a les atteintes à la vie privée d’autrui, une course de vitesse dans la diffusion, avec des informations pas toujours vérifiées, des images rocambolesques entre autres. ‘’Malgré les avancées et les efforts d’autorégulation en interne, la situation se complique davantage. Les agissements d’une partie de la presse en ligne inquiètent et inspirent des mesures hardies. Des tenants de sites d’informations sont capables du meilleur comme du pire pour accroître drastiquement le taux de clics’’, admet M. Faye. Une situation dans laquelle chacun a sa part de négligence, estime-t-il. ‘’Aujourd’hui, nous sommes tous concernés, nous sommes tous responsables de ce grand bazar. L’Etat observe et laisse pourrir la situation, pendant que les professionnels des médias préfèrent les critiques et quolibets’’, s’insurge-t-il.

Afin de changer la donne, l’organisation compte s’appuyer sur sa labellisation. Elle va proposer un ensemble de référentiels pour un contenu de qualité, une bonne gestion des entreprises de la presse en ligne. ‘’Cette initiative valorise les bonnes pratiques, veille au respect scrupuleux des textes régissant la profession. La charte éthique et déontologique sera aussi un élément fondamental pour bénéficier d’un label de qualité’’, explique M. Faye.

Cette solution proposée par l’Appel connaîtra sans doute ses limites. Il y a une autre pour la compléter. Il s’agit de l’adoption et de la mise en œuvre du nouveau code de la presse. Beaucoup d’intervenants ont insisté sur ce point. De l’avis du président de l’Appel, une fois voté, ce texte va régir pendant des années au moins la pratique de la profession. ‘’Ainsi, les autorités compétentes et les professionnels devront s’accorder sur les contours et les moindres détails, afin de s’assurer que tout a été bien pris en compte, de manière consensuelle, afin d’éviter que les dérives que nous vivons se perpétuent.’’

Yaxam Mbaye : ‘’Même le ‘’bon journaliste’’ n’est pas immunisé contre les dérives’’

Le secrétaire d’Etat à la communication, Yakham Mbaye, a voulu rassurer les acteurs.  ‘’Le projet de code qui était bloqué à l’Assemblée depuis six ans était devenu caduc dès lors qu’on est passé de l’analogie au numérique. Donc, il fallait le réécrire. Sur ce, nous nous sommes attachés les services d’un professeur de droit et de deux magistrats. Une équipe de trois personnes qui a fait une réécriture technique. Après cette étape, ça a été discuté sous les éclairages de ces trois experts.

Après, il y a eu une certaine forme d’adaptation. Nous avons eu une demi-dizaine de séances, et je pense que  d’ici la fin de l’année, ce travail sera terminé’’, révèle-t-il. L’ancien journaliste ajoute qu’une fois cette étape terminée, ‘’il sera question d’organiser un séminaire pour appeler tous les acteurs à un partage du contenu, le rediscuter afin de l’améliorer pour que tous les acteurs, tous les segments, se retrouvent dans ce projet de code’’.

Toutefois, l’ex-Directeur de publication des quotidiens Le Populaire et Libération est convaincu que même le code ne sera pas la baguette magique. ‘’L’heure est grave, que ça soit dans la presse en ligne, la presse écrite, ou la presse audiovisuelle. Ce nouveau code de la presse ne réglera pas toutes les dérives. L’éthique, comme on dit, ce n’est pas un discours, c’est une pratique. La déontologie aussi. Un projet de code de la presse ne pourra pas résoudre le problème afférent à la déontologie’’, prévient-il. À l’intention de ceux qui veulent trouver la solution dans la formation, il ajoute : ‘’Même le ‘’bon  journaliste’’, le journaliste formé à une école de journalisme n’est pas immunisé contre les dérives. Je pense qu’il faut élever le niveau de responsabilités et que les uns et les autres soient conscients que des atteintes à la vie privée sont des choses intolérables’’, soutient Yakham Mbaye.

KHADY NDOYE (MBOUR)
Source : Enquête+
 




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